Excavation & Poésie fait danser la résistance avec son nouvel album
Non seulement Excavation & Poésie apprécie faire danser avec son trad, mais également faire réfléchir, dénoncer et, surtout, faire communauté. Avec son nouvel album, Y’a d’quoi dans l’air, le groupe de musique traditionnelle anarchiste poursuit cette démarche en s’inspirant des luttes sociales et environnementales qui traversent le Québec.
Charles Lapierre, originaire de l’Abitibi, assure le chant, la guitare, la podorythmie et la gigue, en plus de composer le squelette des paroles et des chansons. Olivier Dussault, contrebassiste et choriste, s’occupe également de l’administration, de la gérance et du booking, tout en participant à la création.
Pour eux, le titre de l’album donne le ton. Y’a d’quoi dans l’air, c’est d’abord, pour Charles Lapierre, une façon de nommer l’époque actuelle, alors que les crises semblent se multiplier. « Les choses déboulent et dégringolent », résume-t-il, évoquant notamment les enjeux environnementaux, la montée de la xénophobie et l’homophobie, le fascisme, la crise du logement et les difficultés du système de santé.
Mais le titre est aussi à prendre au sens littéral. La chanson éponyme « fait référence à la fonderie, tout simplement. Il y a de quoi dans l’air, il y a des molécules dans l’air qui nous empoisonnent tous les jours, qui vont dans nos bassins d’eau, dans nos bassins versants, dans nos forêts, dans nos poumons, dans notre chair. Ce qu’il y a dans l’air aussi, c’est très physique », raconte Charles Lapierre. Pour le groupe, la question environnementale s’inscrit dans une réalité bien concrète, particulièrement en Abitibi-Témiscamingue.
La lutte contre l’extractivisme et la contamination liée aux industries minière et lourde traverse ainsi le nouvel album, tout comme le vidéoclip de la chanson-titre, qui s’appuie sur des extraits de nombreux documentaires portant sur ces enjeux au fil des décennies. « On ne se place pas en alliés, on ne se place pas en sauveurs, on se place avec les autres. C’est la communauté », déclarent-ils.
Car si les chansons du groupe sont ouvertement politiques, leur démarche se veut collective. Cette conception se retrouve notamment dans Changer le monde, une chanson qui remet en question l’idée même de pouvoir transformer la société à soi seul. Pour le groupe, les luttes changent d’abord celles et ceux qui y prennent part. Elles permettent d’apprendre, de développer de l’empathie et de ne plus pouvoir détourner le regard.
Non seulement le mot qui revient le plus naturellement dans leur réflexion est « communauté », mais également cette volonté de créer du collectif passe par la forme musicale trad. Excavation & Poésie joue en effet de la musique traditionnelle, une musique associée aux veillées, aux rassemblements et à la fête. Le contraste est assumé : on peut danser sur une chanson qui parle de la fin du monde, de l’extractivisme ou de la résistance, selon Charles Lapierre et Olivier Dussault.
La chanson Comme une résistance illustre particulièrement cette approche, pour eux. Construite autour de personnages du quotidien et d’un principe de chanson à réponses, elle permet au public de reprendre collectivement des slogans militants. Pour Olivier Dussault, cette expérience transforme la chanson en un moment de rassemblement qui peut rappeler ce qui se vit dans la rue ou dans une manifestation.
De cette manière, la musique devient une façon de faire vivre les idées plutôt que de simplement les énoncer. Cette dimension collective n’empêche toutefois pas une certaine vulnérabilité. Parmi les chansons les plus exigeantes du nouvel album, Olivier Dussault et Charles Lapierre citent Terroir. Plus personnelle à Charles Lapierre et poétique, elle a demandé un plus important travail d’arrangement et a été particulièrement chargée sur le plan émotionnel.
Et pourtant, son caractère intime n’empêche pas la chanson de rejoindre quelque chose d’universel. Olivier Dussault raconte que plusieurs membres du groupe en viennent encore aux larmes lorsqu’ils la jouent. Dans un contexte où l’intelligence artificielle occupe une place grandissante dans la création, le groupe assume pleinement cette vulnérabilité et considère que d’être touché par une œuvre imparfaite, humaine et authentique peut aussi devenir un geste politique.
Après plus de 150 spectacles, une première tournée française en juillet 2026 et plus d’un million d’écoutes en carrière, Excavation & Poésie poursuit son chemin avec l’album Y’a d’quoi dans l’air, sans chercher à proposer des solutions miracles aux crises actuelles.
Car le groupe préfère faire résonner les luttes, les contradictions et les inquiétudes de son époque et inviter le public à les vivre ensemble. Même lorsque l’avenir semble incertain, pour le groupe, il reste toujours quelque chose à faire : se rassembler, réfléchir, danser et résister.