Préserver l’effort collectif avant de fermer
À la fin de l’assemblée générale extraordinaire du 8 septembre, les bénévoles du conseil d’administration de la Coop Santé Témiscavie se sont tapés dans les mains. Les membres venaient d’approuver les modalités de vente des immeubles, une étape vers la dissolution de cette coopérative de Ville-Marie créée pour accueillir des médecins. Pour Richard Barbe, qui a participé à sa mise sur pied, ce soulagement accompagnait une fin douloureuse : le projet allait disparaître, mais l’argent investi par la communauté devait continuer à servir au Témiscamingue.
Une vingtaine d’années plus tôt, la population avait contribué financièrement à la création de la coopérative. Le principe était simple : offrir aux médecins des bureaux clés en main pour qu’ils viennent y pratiquer. « Il y a 20 ans, on a parti cette coop-là en croyant que c’était à la vie à la mort, qu’il y aurait toujours des médecins, puis que ça roulerait. »
Aujourd’hui, il n’y a plus de médecins à la coopérative, explique Richard Barbe. Les bénévoles doivent vendre les propriétés et régler les affaires de l’organisation avant sa dissolution. Ils tenaient toutefois à ce que l’argent recueilli ici reste dans la région. « Ça a été mis au monde avec l’argent de la communauté. »
Selon les modalités approuvées, l’immeuble principal, où pratiquaient les médecins, doit être vendu à la Clinique infirmière du Témiscamingue. La maison appartenant également à la coopérative doit passer à Témis Habitation, un organisme sans but lucratif qui souhaite y offrir des logements à prix modique.
Ces transactions doivent aussi permettre de remettre 200 000 $ à la Corporation de développement communautaire du Témiscamingue, qui regroupe des organismes du territoire. D’autres sommes pourraient s’y ajouter une fois les affaires de la coopérative réglées, précise-t-il. Une question a toutefois occupé une partie des échanges du 8 septembre : comment éviter qu’un immeuble vendu sous sa valeur marchande soit rapidement revendu au bénéfice de l’acheteur ?
Richard Barbe explique qu’une clause prévoit un montant à retourner au milieu communautaire si une revente survient avant huit ans. La part à remettre diminuera au fil des années. Le conseil voulait ainsi éviter qu’un acquéreur puisse revendre au prix du marché et conserver seul l’avantage financier obtenu à l’achat.
La mise au point de ces modalités a demandé davantage de travail que les administrateurs l’avaient imaginé. Leur volonté de laisser l’argent au Témiscamingue devait respecter les exigences entourant la dissolution d’une coopérative, dont ils ont découvert la complexité en cours de route. Un avocat spécialisé les a accompagnés pour concrétiser leurs objectifs dans les propositions soumises aux membres.
Pendant l’assemblée, ceux-ci ont posé leurs questions et proposé des amendements avant d’approuver les modalités à une nette majorité, rapporte Richard Barbe. Le résultat a permis aux bénévoles de souffler après une rencontre qu’ils appréhendaient. « On avait une crainte épouvantable de ça. »
Les ventes doivent maintenant être officialisées chez le notaire avec la Clinique infirmière et Témis Habitation. Il restera ensuite à fermer les livres et à tenir une autre assemblée pour achever le processus.
La possibilité de soutenir des organismes qui accompagnent notamment les aînés et les personnes handicapées apporte une consolation à Richard Barbe. L’immeuble où la coopérative accueillait des médecins doit aussi continuer à servir à des soins, cette fois avec la Clinique infirmière du Témiscamingue. « Je suis content pour la clinique, pour eux autres, mais je suis triste pour nous, qu’il n’y ait plus de médecins, puis qu’il n’y ait plus de coop. »