Culture

Prix La Caisse en art actuel 2026 : Une récompense pour Geneviève Matthieu, en pleine transition

L’artiste Geneviève Matthieu reçoit le Prix La Caisse en art actuel 2026
Christian Leduc – Joanie Dion | jdion@journallecitoyen.com

À un moment où son parcours artistique prend un nouveau tournant, Geneviève Matthieu reçoit une reconnaissance qui arrive à point nommé. Le duo formé par Geneviève Crépeau et Matthieu Dumont est le lauréat de la deuxième édition du Prix La Caisse en art actuel, une distinction assortie d’une bourse de 25 000 $.

Pour l’artiste originaire de Rouyn-Noranda, cette récompense dépasse toutefois largement la valeur monétaire du prix. Elle vient reconnaître plus de 25 ans de création menée à deux, alors que Geneviève Crépeau poursuit désormais seule l’aventure artistique après le décès de son partenaire de vie et de travail, Matthieu Dumont, en février 2025.

« Une récompense comme ça, pour un artiste, surtout quand on n’a pas soumis notre candidature, c’est vraiment une très, très belle reconnaissance », souligne-t-elle.

Le nom Geneviève Matthieu, qui désignait jusqu’ici le duo, continue de l’accompagner. Pour l’artiste, cette identité demeure intimement liée à l’œuvre construite avec Matthieu Dumont au fil des années.

« C’est aussi un prix pour moi que je souhaite partager avec lui, parce que c’est avec lui, en fait, qu’on a réalisé l’ensemble des œuvres », confie-t-elle.

La distinction prend une résonance particulière puisque la pratique du duo a longtemps navigué entre plusieurs disciplines : performance, arts visuels, musique, poésie, vidéo et installation. Une multidisciplinarité qui a justement retenu l’attention du jury du Prix La Caisse en art actuel.

Selon Marie-Justine Snider, conservatrice de la Collection d’œuvres d’art de La Caisse, la sélection repose notamment sur la solidité d’une démarche, sa cohérence et l’impression qu’un « nouveau chapitre » est sur le point de s’ouvrir. Le jury souhaitait également mettre de l’avant une pratique atypique, difficile à intégrer dans une collection traditionnelle.

« On associe beaucoup Geneviève Matthieu à la performance, donc c’est un langage qu’on n’a pas dans la collection de La Caisse. On voulait aussi se montrer audacieux, encourager des pratiques qui abolissent les frontières entre les disciplines », explique-t-elle.

Le prix est également l’occasion de souligner le rôle de l’artiste dans son milieu. Originaire de Rouyn-Noranda, Geneviève Matthieu a contribué à faire de l’Abitibi-Témiscamingue un territoire important pour les arts performatifs. Pour Marie-Justine Snider, cet ancrage régional n’était pas un critère déterminant, mais constitue néanmoins un élément qui témoigne du dynamisme de l’artiste. « Elle a rendu cette région-là une référence par rapport à l’art performatif », estime-t-elle.

Pour Geneviève Matthieu, la somme de 25 000 $ représente concrètement une année de travail. Dans un milieu où la précarité financière demeure une réalité pour plusieurs créateurs, elle compte conserver cet argent comme une réserve lui permettant de continuer à créer avec une certaine liberté.

« Pour moi, la vie d’artiste, c’est d’abord et avant tout la liberté. Et ce prix-là va me permettre […] de pouvoir continuer cette liberté-là », affirme-t-elle.

Cette liberté sera particulièrement précieuse alors qu’elle s’apprête à refermer un chapitre et à en ouvrir un autre. À court terme, l’artiste poursuit la diffusion de Danseprophétiqueàl’îlebizarre, un projet amorcé avec Matthieu Dumont il y a environ quatre ans. Après sa présentation à l’Usine C à Montréal, l’œuvre doit voyager à Marseille, Paris et Bruxelles à l’automne.

Puis, en janvier, une nouvelle étape commencera. Geneviève Matthieu prévoit amorcer l’écriture d’un projet solo inspiré notamment de la figure de troubadour et de son pendant féminin, qu’elle appelle la « trobairitz ». Une résidence de trois mois à Barcelone lui permettra de prendre le temps de développer cette nouvelle création.

Après avoir longtemps créé à deux, elle souhaite aussi alléger sa pratique.

« J’étais deux, maintenant je suis seule. Et je dois avouer que j’ai continué comme si j’étais deux, même trois ou quatre », dit-elle. « Peut-être que le prochain projet, j’aimerais ça qu’il soit plus léger physiquement, que je puisse penser à moi un peu plus. »

À 52 ans, l’artiste dit se sentir en pleine possession de ses moyens. Elle voit dans cette période de sa vie non pas un aboutissement, mais la possibilité de poursuivre un langage artistique développé patiemment, sans jamais chercher les raccourcis.

« Je n’ai jamais pris de chemin court. […] J’ai toujours voulu créer quelque chose qui me ressemble, à moi. J’ai essayé de faire le plus attention à trouver mon langage. C’est le travail de ma vie. »

C’est précisément cette maturité que le Prix La Caisse en art actuel souhaite mettre en lumière. Créé en 2025 pour soutenir les artistes québécois en milieu de carrière, le prix cherche à offrir à ces créateurs un appui financier, mais aussi une reconnaissance institutionnelle.

Pour Geneviève Matthieu, cette reconnaissance arrive alors qu’une œuvre se termine et qu’une autre commence. Et si l’avenir reste encore à écrire, une chose demeure certaine : l’artiste entend continuer à avancer, fidèle à son intuition et à la liberté qui guide sa démarche depuis ses débuts.

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