Éducation

Une école alternative se fait attendre en Abitibi-Ouest

Pour Karine Péladeau, le projet d’école alternative est né d’un souhait : offrir à ses enfants une façon d’apprendre qui laisse davantage de place à l’action et aux choix des élèves.
Karine Péladeau – Ange Major | amajor@journallereflet.com

Depuis 2023, un groupe de parents travaille à créer une école alternative en Abitibi-Ouest. Au fil des démarches, leurs enfants ont grandi. Certains fréquentent déjà l’école, d’autres approchent de leur première rentrée, mais aucune ouverture n’est confirmée. Karine Péladeau, l’une des mères à l’origine du projet, reçoit encore des demandes de nouvelles des familles intéressées. « On ne sait plus quoi dire aux gens, parce qu’on est comme un petit peu bloqués. »

Apprendre autrement

Pour son conjoint et elle, tout a commencé par une réflexion sur l’école à la maison. Lui a fréquenté une école alternative au primaire. Elle aurait aimé avoir accès à cette façon d’apprendre. Lorsqu’ils ont découvert que d’autres familles partageaient cet intérêt, ils ont décidé de se joindre au groupe. Certains parents envisageaient eux aussi l’enseignement à domicile, sans se sentir suffisamment outillés pour assumer seuls cette responsabilité.

Chez Karine Péladeau, ce souhait est aussi lié au parcours de ses proches. Plusieurs ont quitté l’école avant de terminer leurs études. Elle se demande si une approche différente aurait pu les aider à poursuivre. « Le fait d’être assis dans une classe, puis d’avoir des cours magistraux, ça ne fonctionne pas avec tous les enfants nécessairement. » Pour ses enfants, elle désire avoir accès à un milieu où les apprentissages passent davantage par l’action. Les fractions, donne-t-elle en exemple, peuvent s’apprendre en cuisinant ou en faisant de la menuiserie. L’enfant peut ainsi rattacher une notion à quelque chose de concret.

Cette façon d’apprendre rejoint les principes du Réseau des écoles publiques alternatives du Québec (RÉPAQ). Celui-ci valorise notamment les projets des élèves, le respect de leur rythme et la coopération. Ces établissements poursuivent les objectifs du Programme de formation de l’école québécoise. Les parents y participent aussi à l’éducation des enfants, de concert avec l’équipe scolaire. Cet aspect compte particulièrement pour Karine Péladeau, qui souhaite contribuer aux apprentissages de ses enfants et à la vie de leur école. Pour les familles qui hésitent à enseigner à la maison, le projet permettrait de partager cet engagement avec d’autres parents et des enseignants.

Une ouverture encore incertaine

Pour comprendre comment créer cette école, le groupe a sollicité le RÉPAQ. Une représentante s’est déplacée en Abitibi pour leur expliquer les étapes, rapporte Karine Péladeau. Les parents ont également amorcé des échanges avec le Centre de services scolaire du Lac-Abitibi (CSSLA) en 2024. À la demande de celui-ci, ils ont préparé un portrait des enfants intéressés et de leur âge afin d’évaluer la possibilité de former des classes. Ils ont aussi repéré des locaux qui, selon eux, pourraient accueillir le projet.

L’ouverture espérée pour la rentrée 2026-2027 ne s’est toutefois pas concrétisée. Dans un communiqué, les parents rapportent que le CSSLA leur a indiqué ne pas pouvoir faire avancer le dossier dans l’immédiat, en raison de démarches de restructuration. Karine Péladeau ajoute que le Centre leur a expliqué qu’il considérerait le projet lors d’une révision de ses orientations en 2027. Pour elle, cette échéance ne signifie pas qu’une classe sera alors prête. Il restera notamment à préparer l’approche pédagogique avec les enseignants et à organiser l’accueil des élèves. « Tant qu’on n’a pas le go du Centre des services, on ne peut pas non plus aller trop de l’avant à ce niveau-là. »

Les parents visent maintenant la rentrée 2027-2028, sans toutefois avoir de confirmation que l’ouverture aura lieu à temps. Ils cherchent donc des appuis pour poursuivre les démarches. Le comité invite les familles intéressées à s’impliquer dans les conseils d’établissement, avec l’espoir d’y trouver des directions et des enseignants prêts à s’impliquer.

Pendant ce temps, certains parents du groupe voient déjà leurs enfants éprouver des difficultés à l’école, souligne Karine Péladeau. « Pour eux, c’est un stress de plus. » Sans savoir quand une classe alternative pourra les accueillir, les familles envisagent d’autres possibilités, dont l’enseignement à domicile.

Le groupe n’exclut pas non plus une formule privée si le projet ne peut pas se réaliser dans le réseau public. Cette possibilité préoccupe toutefois Karine Péladeau. Les sources de financement seraient différentes, et elle craint que cette option soit accessible à moins de familles.

À mesure que les délais s’allongent, elle doit aussi envisager que ses propres enfants ne puissent pas profiter de l’école alternative tant espérée. Son implication sera alors appelée à diminuer, et d’autres familles devront prendre le relais. « C’est un peu comme passer le flambeau à d’autres parents. » Pour ces parents mobilisés depuis 2023, l’objectif est de voir l’école ouvrir pendant que leurs enfants ont encore l’âge de la fréquenter.

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