Une murale pour raconter La Sarre, une génération à la fois
Une nouvelle murale historique et patrimoniale orne désormais le mur d’un bâtiment de la 5e Avenue à La Sarre. Fruit d’une collaboration entre le Collectif artistique et culturel d’Abitibi-Ouest (CACAO), la MRC d’Abitibi-Ouest, Stéphanie Dupré-Guilbert, artiste multidisciplinaire, et une douzaine de jeunes, l’œuvre se veut autant un hommage à l’histoire locale qu’un exercice de transmission entre les générations.
L’idée de créer une murale à La Sarre mijotait depuis quelques années dans la tête d’Éthan Lecler, vice-président et cofondateur du CACAO. De retour en région après des études à l’extérieur, les deux autres cofondateurs du collectif et lui constataient un manque de couleur et d’art dans le paysage du centre-ville.
Les nombreux incendies ayant marqué La Sarre au fil des dernières années ont également contribué à cette volonté de mettre en valeur le milieu autrement.
« Il manquait quelque chose visuellement, il manquait de couleur, il manquait d’art, il manquait de vie dans notre centre-ville », explique M. Leclerc.
Lorsque la MRC d’Abitibi-Ouest a approché le CACAO avec un projet de murale axé sur l’histoire et le patrimoine de La Sarre, l’occasion était toute trouvée. Le mur du bâtiment de la MRC, situé sur la 5e Avenue, répondait notamment aux principaux critères recherchés : une grande surface, une bonne visibilité et un propriétaire prêt à s’investir rapidement dans le projet.

Stéphanie Dupré-Guilbert, ses filles et Mégann Nolet-Desrosiers (Crédit photo - Éthan Leclerc)
Le défi était de taille puisque les discussions ont véritablement commencé à la fin janvier, avec l’objectif de réaliser la murale avant la fin de l’été.
Un projet financé par la communauté
Le financement de la réalisation de la murale reposait en grande partie sur la participation de la collectivité. Une campagne de sociofinancement sur La Ruche devait permettre d’amasser 21 000 $. Cette somme devait ensuite être doublée grâce à un fonds du Secrétariat à la jeunesse du gouvernement du Québec.
« Pas de sociofinancement, pas de murale », résume M. Leclerc.

Murale La Sarre (Crédit photo - Alexandre Caron)
Pour lui, cette mobilisation constitue l’un des éléments les plus importants du projet. La murale représente, à ses yeux, un accomplissement collectif démontrant ce qu’une communauté peut réaliser lorsqu’elle se mobilise autour d’une idée commune.
La réalisation a par ailleurs permis de faire une place particulière à la relève artistique. L’artiste multidisciplinaire Stéphanie Dupré-Guilbert a agi comme chargée de projet et a travaillé avec douze jeunes âgés de 15 à 30 ans.
Apprendre en créant
Ces participants ont été impliqués dès les premières étapes de conception. Avec Mme Dupré-Guilbert, ils ont contribué à la recherche d’idées, sélectionné des éléments historiques et réalisé certains dessins à la maquette.
Ils ont ensuite découvert les différentes étapes de réalisation d’une murale : préparation du mur, manipulation de la peinture extérieure, adaptation aux conditions météorologiques et développement de techniques artistiques.
« C’est vraiment un melting-pot de développement de citoyenneté et d’apprentissage de compétences », décrit Mme Dupré-Guilbert.
L’expérience comportait aussi son lot de défis. La murale mesure 96 pieds de largeur sur 26 pieds de hauteur, ce qui exigeait à l’artiste de travailler en hauteur, parfois accroupie, et de composer avec la chaleur particulièrement intense sur le mur exposé au soleil.
La complexité de l’œuvre a également nécessité six nuits de travail consacrées à la projection de la maquette sur le mur. Celle-ci a été divisée en sept sections afin de reproduire les quelque 120 éléments qui composent la murale tout en conservant des proportions cohérentes.

Murale La Sarre (Crédit photo - Alexandre Caron)
120 morceaux d’histoire
Plutôt que de se limiter à quelques symboles représentant La Sarre, les créateurs ont fait le choix d’intégrer un très grand nombre d’éléments issus de l’histoire locale.
On y retrouve notamment le manoir Bordeleau, des bâtiments aujourd’hui disparus comme d’anciens cinémas et théâtres, des hôtels, des clubs sportifs et sociaux, le clocher de l’église, la forêt et le train.
Parmi les détails évoqués par M. Leclerc, figure notamment un homme tiré d’une photographie d’archives, transportant dans une brouette de bois une impressionnante quantité de lettres dans des sacs de jute. Il s’agissait du facteur qui, à l’époque, se rendait à la gare pour rapporter le courrier destiné aux habitants de La Sarre. Certains éléments sont toutefois plus personnels et contemporains. Les jeunes ont pu proposer des images qui leur parlaient et qui témoignent de leur propre rapport à la ville.
De l’avis d’Éthan Leclerc et Stéphanie Dupré-Guilbert, cette accumulation de références fait de la murale une œuvre qui peut être redécouverte à plusieurs reprises. « À toutes les fois que les gens vont aller voir la murale, ils vont voir quelque chose de nouveau, ou auront des choses nouvelles à raconter », souligne l’artiste.

Lors de l’inauguration, les jeunes ont d’ailleurs reçu une ovation de la part du public présent. Pour Mme Dupré-Guilbert, ce moment représentait l’aboutissement d’un projet qui dépassait largement la création d’une œuvre artistique.
Leurs noms apparaissent désormais sur une plaque associée à la murale. Une façon, selon elle, de leur permettre de garder une trace concrète de leur contribution et de pouvoir un jour dire à leurs propres enfants : « C’est moi qui ai fait ça. »
Ainsi, de ses premiers colons aux jeunes qui ont participé à sa création, la murale de 5e Avenue rassemble plusieurs générations autour d’une même histoire : celle de La Sarre.