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Choisir de rester à la maison

15 Juin 2021

par : Luc Gélinas

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Luc Gélinas est journaliste sportif à RDS et couvre les activités liées aux Canadiens de Montréal depuis 1992. Il a aussi signé plusieurs livres à succès au cours des dernières années, dont Steve Bégin : ténacité, courage, leadership ainsi que les séries jeunesse C’est la faute à… (Hurtubise) et L’étonnante saison des Pumas (Éditions Z’ailées).

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Pour la première fois de ma carrière, j’ai décliné une affectation à RDS. Si mon patron avait insisté, j’aurais accepté par loyauté envers lui et l’entreprise. J’ai toujours pensé qu’un bon boss, c’est comme un bon entraîneur. Quand tu l’apprécies et qu’il te fait sentir important pour l’équipe, tu ne peux refuser pratiquement aucune demande. Mais comme j’avais le choix, j’ai dit non à la couverture du Canadien, aux États-Unis pour cette série contre les Golden Knights.

Mon amie et collègue Chantal Machabée a levé la main. Il n’y a donc pas de problème puisqu’un seul d’entre nous aurait quitté le pays pour couvrir la demi-finale et ultimement, la finale ensuite! C’est un gros sacrifice qui commence pour Chantal et les quelques collègues qui ont accepté de faire le voyage. Dans l’accord convenu avec la Ligue nationale et le Canada, les journalistes qui traversent la frontière pour couvrir le Tricolore devront vivre dans une bulle à Las Vegas, et ce, même si l’état du Nevada n’impose plus aucune restriction sanitaire reliée à la Covid. Ils ne verront donc uniquement que l’aréna et leur chambre d’hôtel. Pas de casinos, pas de spectacles sur la Strip ou de visite du Grand Canyon. Et au retour, ils devront s’imposer une quarantaine de quatorze jours à la maison, Chantal et les autres braves volontaires vont demeurer à Vegas quand la série se transportera à Montréal. C’est atrocement cruel que de rester quatre jours en congé dans cette ville sans avoir l’autorisation de sortir de sa chambre… encore plus quand on sait que la même chose nous attendra au Québec en revenant. Les diffuseurs, s’ils voyagent sur un vol nolisé, pourront aller et venir entre les deux pays s’ils acceptent de respecter le concept très strict des bulles dans chaque ville.

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En presque trente-deux ans à RDS, je peux compter sur les doigts d’une seule main les occasions où j’ai eu besoin de réflexion avant de plonger dans une aventure. En 2002, y a avait un certain niveau d’inquiétude lors des Jeux olympiques de Salt Lake City puisqu’ils survenaient cinq mois après les attentats du 11 septembre. Mais comment dire non à ses premiers JO !

En 2012, lors des jeux de Londres, toutes les précautions avaient été prises. En raison de craintes reliées au terrorisme, nous avions des gardes du corps qui étaient également nos chauffeurs et nous avions tous suivi des formations avant de partir. Je me suis toujours senti en sécurité à Londres et j’ai toujours voyagé en métro en dehors des heures de travail… mais j’ai quand même choisi de ne pas assister aux cérémonies d’ouverture et de fermeture!

En 2016, à Sotchi, j’ai le privilège d’être le seul journaliste que RDS à être délégué en Russie. À ce moment aussi, il y avait certaines appréhensions face à du terrorisme intérieur. J’ai sauté dans l’aventure avec énormément d’enthousiasme… mais je suis allé rencontrer mon notaire un mois avant de partir pour mettre mon testament à jour!

C’est finalement l’appel de la liberté et de reprendre une vie normale qui m’aura gardé à la maison pour la première fois. Et, si un jour j’ai des remords, je me dirai que de toute façon, j’aurais peut-être perdu à la courte paille avec Chantal!

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