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L’exemple Price

16 Novembre 2021

par : Luc Gélinas

photo : Carey Price - source : page Facebook des Canadiens de Montréal

Luc Gélinas est journaliste sportif à RDS et couvre les activités liées aux Canadiens de Montréal depuis 1992. Il a aussi signé plusieurs livres à succès au cours des dernières années, dont Steve Bégin : ténacité, courage, leadership ainsi que les séries jeunesse C’est la faute à… (Hurtubise) et L’étonnante saison des Pumas (Éditions Z’ailées).


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La planète hockey s’est arrêtée la semaine dernière quand Carey Price a levé le voile sur les motifs qui l’ont amené à rejoindre le programme d’aide de la LNH et de l’Association des joueurs. Le gardien du Canadien n’a pas caché qu’il avait passé le dernier mois dans un centre de traitement pour usage abusif de substances. C’était un message très puissant de la part du vétéran de trente-quatre ans qui ajoutait avoir sombré dans un état de noirceur, au cours des dernières années.

Mais il faut demeurer prudent avant d’échafauder des amalgames douteux ou de sauter aux conclusions. Le mot substance se veut bien large et jamais il n’a été question d’usage illégal. Au fil des années, un athlète souvent blessé peut avoir recours aux antidouleurs et développer une dépendance. Plusieurs aussi peuvent devenir accros aux somnifères et c’est plus répandu que l’on peut croire. J’en ai d’ailleurs été témoin en 2005, lors du lock-out qui avait paralysé la LNH pour toute la saison.

En tournée pendant près de deux semaines en Finlande et en Suède, j’étais allé à la rencontre d’une bonne vingtaine de joueurs, autant des porte-couleurs du Tricolore que des Québécois jouant ailleurs. Un soir à Helsinki, un joueur me donne rendez-vous pour prendre un verre dans un pub. Pendant que je dégustais quelques bières locales, il buvait de la boisson énergisante. De toute la soirée, il n’a pas pris une seule goutte d’alcool. Quand on s’est dit au revoir vers minuit, il devait avoir ingurgité au moins quatre consommations. J’étais estomaqué. « Tu vas faire comment pour dormir tantôt, que je lui ai demandé? ». Il a sorti un petit sachet de comprimés de sa poche de jeans en riant.

  • C’est des pilules pour dormir ça. C’est pas facile le décalage, en veux-tu?
  • Non merci, avec quatre bières, je vais dormir comme une bûche. Mais demain matin, tu vas faire quoi pour être réveillé? Vous avez une pratique à dix heures ?
  • Pas compliqué, je vais boire un Red Bull en me levant et un autre en conduisant vers l’aréna.

Puis il m’a expliqué que c’était sa seule solution pour dormir. Chaque nuit, il pensait trop pour trouver le sommeil. À ses yeux, les somnifères l’avaient sauvé. Peut-être, mais à court terme seulement. À long terme, j’étais persuadé qu’il se dirigeait vers un mur.

Je n’ai aucune idée de ce qui a conduit Carey Price en thérapie. Je dis seulement qu’il faut demeurer prudent avant de le juger et cet exemple me vient en tête.

Depuis quelques saisons, il semblait assez évident que Price ne respirait pas le bonheur, du moins lorsqu’il devait rencontrer les médias. Pour lui, c’était une pénible corvée. Son ancien entraîneur Stéphane Waite qui collabore avec nous à RDS a expliqué que le gardien se comportait aussi comme ça en coulisses, et qu’il lui avait souvent rappelé qu’il menait une belle vie et qu’il avait toutes les raisons du monde de mordre dedans. Maintenant, on comprend mieux. Il faut surtout souhaiter que Price sera capable de retrouver le sourire pour lui-même, pour sa famille et ses coéquipiers.

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