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La quête du clown

27 Avril 2021

par : Martin Héroux

photo : " La puce à l’oreille " de Georges Feydeau. Pièce jouée en 2013 à Terrebonne avec, de gauche à droite : Carl Béchard, Martin Héroux et Benoît Brière.

Originaire du Témiscamingue, Martin Héroux est un comédien québécois que l’on a eu la chance de voir tant à la télévision que sur les planches. C’est en 1995 que le grand public le découvre avec 4 et demi… On peut aujourd’hui le voir dans Alix et les merveilleux, 5e rang et District 31.

Dans mes études théâtrales, lors de mon passage à l'option-théâtre du collège Lionel-Groulx au début des années '90, on parlait souvent d'une chose intangible, d'un sujet flou, lointain mais à la fois très présent. Nos professeurs nous parlaient d'une espèce de quête de l'acteur, d'une pierre philosophale que nous, jeunes étudiants en théâtre, devions trouver. Intrigant n'est-ce pas? Déjà qu'il fallait apprendre l'histoire du théâtre à travers les âges, à jouer différents styles de jeux, apprendre à chanter, à danser, fallait en plus trouver son clown. De kossé diraient certains! Cette chose, qui avait un rapport certain avec le talent, la chance et le travail était, selon nos professeurs, une carte maîtresse et un atout incontournable pour nous, comédiens en devenir sur la grande scène des scènes. Quel était donc ce Saint Graal?

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C'est une chose simple en apparence, mais diablement difficile à trouver ou à extirper du fin fond de nos entrailles. Cette fameuse clé qui nous ouvrirait supposément toutes les portes de notre métier tenait en une seule et importante chose : trouver son clown intérieur. Lourde tâche, s’il en est! Bon! Qu'est-ce que ça mange en hiver ça, cette fixation de trouver son clown, me direz-vous? Eh bien voilà. Dans le monde des planches et des caméras, dans ce méandre nébuleux qu'est une vie de saltimbanque, de comédien, il faut trouver sa spécificité. Cela semble simple de prime abord, mais non, croyez-moi. Et quand je parle de trouver son clown, ce n'est pas seulement l'idée de trouver les ficelles qui font rire ou les mécanismes qui font pleurer le spectateur, c'est beaucoup plus complexe. Trouver son clown, c'est essayer de mettre le doigt sur le pourquoi on fait ce métier, comment le faire et surtout, surtout, connaître son véhicule, son outil, son charisme. C'est apprendre à savoir que l'on est en train de jouer un personnage, mais laisser tout de même (consciemment) ce personnage prendre le dessus sur nous, sans qu'on devienne le personnage pour autant. Car il faut dire, qu'on ne devient jamais un personnage. Ça, c'est de la schizophrénie! Au théâtre, à la télé, on joue un personnage, on se glisse dans la peau d'un personnage, pas d'une personne. Il y a là toute la différence du monde.

Alors, trouver son clown, c'est donc, une fois les bases du métier bien apprises et intégrées, faire sien le personnage qui nous est prêté pour jouer enfin, libre. C'est trouver son filtre, sa couleur, sa façon personnelle de voir ce personnage. Trouver son clown c'est insuffler à son personnage des bribes de nous-même. C'est finalement le contraire de ce que je croyais. Quand je suis entré à l'école de théâtre j'essayais de bien jouer le personnage qu'on me donnait, de prendre ses tics, son accent, ses manières etc. Je croyais que c'était lui le maître à bord. Je voulais comprendre suffisamment le personnage pour le rendre crédible aux yeux et aux oreilles des spectateurs. Eh bien non. Trouver son clown, c'est finalement donner au personnage à jouer notre propre unicité. Avec évidemment les contraintes incontournables du personnage.

Tout le monde peut jouer Hamlet de Shakespeare, on connaît le personnage, ses traits, son histoire, ses enjeux, mais personne ne pourra le jouer comme nous. Il n'y a que nous qui pouvons jouer Hamlet comme nous seul pouvons le jouer. La seule façon que notre Hamlet soit touchant et vrai, c'est de le faire sien. Il ne faut pas dompter le personnage, mais plutôt lui donner une âme, et cette âme, c'est la nôtre. Voilà ce que nos professeurs voulaient que l’on apprenne et ils savaient très bien, les coquins, que nous allions trouver cela que bien des années après la fin de notre formation.

Ce n'est que lors de ma première émission jeunesse (AYOYE!) en 1999, que j'ai su ce qu'était trouver son clown. Et une fois qu'on l'a trouvé, on le retrouve assez facilement par la suite.

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De beaux exemples ici de comédiens qui ont trouvés leur clown : L'acteur Rémi Girard. Il est rarement méconnaissable ou très différent dans ses rôles, mais il insuffle dans les plis de ses personnages beaucoup de son unicité, de sa sensibilité, et hop! on ne voit plus Rémi, mais que son personnage. Il a fait sien le personnage et on y croit. Peter Sellers chez les Anglais faisait cela aussi (La Panthère rose), Emma Thompson également, Philippe Noiret en France, Guy Nadon ici, et dans une autre mesure, Benoît Brière. Benoît peut, tout en changeant sa voix, ses manières, arriver lui aussi à nous laisser voir cette petite étincelle rien qu'à lui qui allume l’œil de tous ses personnages. Il a trouvé son clown. D'autres vous diraient qu’il est sur son X, à sa place. C'est aussi cela.

En fait, trouver son clown, c'est se faire confiance et aborder le personnage à jouer à sa façon, à sa manière. On peut appliquer cela à tous les métiers du monde. Et vous? Jouez-vous à être le personnage qu'on vous impose à être ou donnez-vous aux choses que vous faites, aux métiers que vous pratiquez la part de vous qui fera de ce métier, de ce personnage une expérience unique?

Je vous le souhaite!

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